Historique

Historique des plantes aromatiques dans le Quercy


Bien que plusieurs espèces de plantes aromatiques soient depuis longtemps présentes sur nos causses Quercynois à l’état sauvage (tels que l’origan, le serpolet, la menthe …) elles n’y ont jamais été cultivées à grande échelle.

Concernant la lavande c’est vers les années 1920 qu’on relève les premières importations de plants dans le Quercyt, en premier sur le secteur du Causse de Limogne, puis vers Montcuq et Martel. Ces plants provenaient du Dauphiné, de la Provence et parfois des Pyrénées. Poussant sur un sol calcaire et nécessitant un climat bien marqué avec des étés chauds et hivers assez froids, la lavande c’est tout de suite plu sur nos sols Quercynois.

Les débuts:

  • 1922 : 1eres plantations dans le Quercy
  • 1925 : construction du 1er Alambic à Martel
  • 1929 : 8 hectares de plantation dans le Quercy
  • 1939 : 1er syndicat de planteurs avec 12 adhérents à Martel

Petit à petit cette culture se développe. Elle se fait sur de petites surfaces autour des fermes. Des distilleries se montent peu à peu sur plusieurs secteurs lotois. La qualité de l’huile essentielle est reconnue pour la parfumerie et les parfumeurs de Grasse s’y intéressent.

Les années glorieuses:

Après la seconde guerre mondiale les plantations repartent de plus belle.

  • 1948 : une centaine de lavanderaies dans le Quercy
  • 1957-1960 : les producteurs ont créé le syndicat des lavandiculteurs du Quercy, ils produisent 1,5 tonne d’huile essentielle chaque année.
  • Il y a jusqu’à 12 distilleries dans le Quercy et l’huile essentielle continue de partir pour Grasse ou Bordeaux et son parfum est réputé.
  • Cela représente plus de 250 producteurs, sur 50 communes du Quercy.
  • Le Quercy fourni alors 10% de la production nationale

Publicité d’époque pour la lavande Léo DELVERT

Carte tirée de la revue géographique des Pyrénées et du sud-Ouest, 1965, article de Raymond LACAZE. Article très intéressant qui fait une synthèse de cette age d’or tout en présentant les débuts du déclin de cette production à partir de 1963.

Dans les années 1960 la plupart des producteurs produisaient leurs plants eux-mêmes, par bouturage ou par semis, et il fallait compter 17 journées de travail pour réaliser une plantation de 1 hectare de lavande.

La récolte se faisait à la faucille pour les petites surfaces mais des lavandiculteurs essayaient aussi de se confectionner leurs propres machines.

Chez la plupart de ces agriculteurs les cultures sont pratiquées en vue de l’élevage et les récoltes ne sont pas vendues. La lavande, comme les ovins, bovins et parfois les chênes truffiers sont les seules spéculations : la vente de l’huile apporte une rentrée d’argent annuelle toujours bienvenue.

Conclusion de Mr Lacaze dans son article :

– « La lavande se vend bien, et est pour les exploitations du Causse d’un intérêt certain. Grace à elle on utilise les sols les plus ingrats sur lesquels elle a parfois remplacé la vigne et souvent de simples broussailles. Elle ne demande pas beaucoup de travail, excepté au moment de la récolte. Mais, autre avantage, la récolte se situe à une période creuse, entre la moisson et les vendanges. Enfin cette culture n’exige pas de gros investissements en engrais et en matériel. »

Carte succincte indiquant l’emplacement des plus grosses distilleries (carrés) vers 1955, et des principales zones de cultures de la lavande (violet), même s’il y en avait sporadiquement ailleurs autour de beaucoup de fermes.

Le déclin:

Tableau tiré de l’article de Mr Lacaze, comparant l’année 1959 à l’année 1963 : en 4 ans on voit déjà la crise qui s’annonce.

Plusieurs facteurs :     

  • Baisse des prix, concurrence étrangère
  • Vente difficile (concurrence des produits de synthèse). Il y a des stocks d’invendus, les agriculteurs n’arrivent plus à vendre leur production.
  • Mauvaises années de récolte (gelées tardives : -40% de récolte en 1963)
  • Besoin de replanter les lavanderaies vieillissantes dans un contexte où l’huile se vend mal
  • Exode rural (culture demandant de la main d’œuvre)
  • Pas d’aide de la PAC – l’HE n’est pas un produit agricole

Résultat de ces mauvaises années :

  • 1963 à 1982 : les distilleries du Quercy ferment peu à peu.
  • À partir de 1970 : les lavanderaies lotoises sont arrachées ou laissées à l’abandon compte tenu d’un contexte économique en déclin et du manque de mécanisation de la production.

Depuis 2006, cette production connaît de nouveau un développement.
En effet, des agriculteurs ont réintroduit la lavande et d’autres plantes aromatiques en parallèle sur leur exploitation. On voit une diversification mais aussi des projets d’installation pour ces cultures adaptées à la nature du sol du Quercy.